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Hommage à Pape Diouf: Des journalistes sportifs et des consultants

Il y a trois ans (le 31 mars 2020) que nous quittait Pape Diouf. A l’âge de 68 ans. Une disparition brutale qui laisse un grand vide à sa famille et à ses nombreux  amis au Sénégal et dans le monde. Prions pour lui.

De tous les métiers qu’il avait exercés, Pape était particulièrement attaché au journalisme.  Le professionnel était estimé et considéré car auteur d’un travail de qualité. Il était personnellement exigeant dans son métier et attendait la même attitude des autres journalistes.
Rendons hommage sous sa plume, à ce digne fils du pays et à ce grand professionnel, à travers les extraits qui suivent sur les journalistes sportifs et les consultants.  Extraits tirés de son livre : C’est bien plus qu’un jeu, paru aux éditions Grasset, en France, en 2013. Son opinion est toujours  actuelle et trouve un écho en Afrique même si Pape a pratiqué son métier en France.

« Le journalisme a été mon seul véritable métier. Je l’ai mieux jugé encore après en être parti, parce que je l’ai appréhendé sous d’autres angles. Il reste à mes yeux le plus beau métier du monde. Mais je ne suis pas certain que tous les journalistes en soient convaincus, ni qu’ils aient fait ce qu’il fallait pour qu’il le demeure. Avec le recul, et mon expérience « de l’autre côté », il me semble qu’un journaliste doit se défaire le plus rapidement possible de la tentation d’être un justicier, et il ne doit jamais se servir de sa fonction pour favoriser des intérêts personnels, qu’ils soient financiers ou autres.

Si l’on résiste à ces deux déviances, le journalisme reste un métier unique.

J’aimerais, quand même, qu’il soit moins déserté par l’autocritique. De temps en temps, un journal comme Le Nouvel Observateur pose la question rituelle : « Les journalistes sont-ils crédibles ? » Mais cela va rarement plus loin. Ils restent à leurs propres yeux au-dessus de tout soupçon et de toute critique, sans doute parce qu’ils savent que leurs bévues n’ont pas de conséquences pour eux-mêmes. Ils ne reviennent pas sur ce qu’ils ont écrit sur vous, même si vous leur démontrez point par point que c’est faux. Vous aurez seulement droit à leurs excuses. Mais que valent des excuses privées pour un préjudice public ?

Quand la presse écrite était plus puissante et plus diverse, quand les différences idéologiques étaient plus marquées entre les titres, la vérité éclatait plus facilement. Chaque titre et chaque journaliste était alors assez fort et assez entendu pour pouvoir dénoncer la complaisance ou la malveillance d’un concurrent. Cette pluralité permettait un contrôle réciproque plutôt sain et remarquable. C’était également le cas en matière politique. (…). À l’échelle du sport, il suffit qu’un journal comme l’Equipe donne une information et la commente pour que les autres médias suivent sur la même tonalité.

Plutôt que de subir la puissance des journaux dominants ou de se plier à la mécanique du buzz, je préférerais que le journalisme cherche d’autres vérités peut-être moins facilement accessibles, mais essentielles. Aujourd’hui, l’enquête disparaît et l’analyse perd de sa profondeur et de sa substance. À la place, nous avons l’affirmation et le commentaire. Ce n’est plus le fond qui compte, c’est le ton.

Paradoxalement, ce sont les consultants, qui sont censés apporter un éclairage pointu et technique sur leur sport qui participent le plus largement à cette regrettable tendance moderne. (…)

Ils sont partout. Les stars de ce nouveau phénomène occupent le devant de la scène, suscitent les débats et les conduisent à leur gré. On les appelle les consultants. Ils ont annexé l’espace médiatique, surtout celui de la télé. Il en existait naguère, mais très peu. (…) C’était l’époque de la consultation régulière et compétente. Les journalistes ne s’étaient pas encore assoupis et n’étaient pas dépossédés de leurs attributions naturelles. Dans les rédactions, le consultant était l’exception. Pourtant, si longue et talentueuse qu’elle soit, la carrière ne suffit pas pour faire un bon consultant. Pour irriguer le rôle, il faut bien plus que l’éreintage systématique ou la complaisance obligatoire. Il peut y avoir une troisième voie. Celle où le vrai et le toc, l’apparent et le réel, cesseraient de s’entremêler, pour laisser place à plus de mesure et de rigueur et à moins d’approximations et de piaillements offusqués.

Le circuit du débat s’est rétréci et appauvri. Les journalistes assistent, impuissants ou complices, au détournement de leur métier ; pire, de leur conviction. Ils se contentent à présent de traiter les faits divers du sport ou de relancer les mandarins du commentaire et de l’analyse. On peut opposer à cet irritant système celui qui jadis faisait la part juste aux journalistes, qui étaient les véritables et légitimes instigateurs du débat. (…)

Le journalisme est devenu un journalisme que je n’aime pas, même si, ici ou là, restent des journalistes pour lesquels j’ai du respect et de la considération.

Aujourd’hui, de par sa formation spécifique, le journaliste est capable de parler de tout mais en survolant tout. C’est un changement majeur. Il manque de capacité d’analyse et de passion. Parce que j’ai connu les uns et les autres, j’oppose le journaliste d’antan qui était capable d’écrire des articles de fond sur le football et le journaliste d’aujourd’hui qui est capable de parler de tout mais sans jamais s’éloigner de la surface. «

Rassemblé par Mamadou KOUMÉ

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